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Germinal : que vaut la série inspirée du roman ? (2021)

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Synopsis

Composé de 6 épisodes de 52 minutes, la série raconte l’arrivée d’Etienne Lantier, mineur venu de Lille, dans le Voreux. Il doit s’acclimater aux conditions de vies difficiles des gueules noires nordistes. Accueilli par les Maheu, le héros tombe amoureux de leur fille Catherine. Celle-ci est promise à Chaval, mineur reconnu pour son panache et ses excès de colère. Pendant ce temps, Hennebeau, le directeur de la mine du Voreux, réduit les salaires au point de provoquer une grève générale.

Etienne Lantier, interprété par Louis Peres.

Une adaptation fidèle au roman ?

Avec un budget de 12 millions d’euros, le roman de d’Emile Zola s’inscrit dans la tradition progressiste du service public. Chaque réplique peut avoir un écho particulier, notamment sur les questions du progrès social, en cette année présidentielle.
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Se pose donc la question de la fidélité au roman, est-ce qu’un lecteur averti va forcément grincer des dents ? Pas forcément, selon l’arrière-petite-fille de l’écrivain sur le plateau de C à vous, qui assure que « l’adaptation est fidèle au roman, fidèle à ce roman qui dénonce les iniquités sociales ».

Quand Germinal devient « inclusif »…

Pour marquer le coup marketing, France Télévisions se devait d’installer le ton. À l’image de Netflix avec des séries comme La Casa de Papel ou Squid Game, l’idée est de mettre en scène un folklore local afin de pouvoir l’exporter au travers des plateformes. Ces 3 séries n’ont pas les mêmes budgets mais la même portée : un récit d’action sur fond d’injustice social.
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Le casting voit apparaître quelques rôles inclusifs. Celui de Victor Deneulin pour Sami Bouajila, récemment récompensé du César du meilleur acteur 2021 pour Un fils, mais également celui du Rasseneur pour Steve Tientcheu. Bien que ces minorités n’aient aucune raison de ne pas avoir leurs places dans cette fiction, peut-on trouver des traces de cette diversité dans le roman ?
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Adapter un roman aussi vaste est une tâche tellement complexe que l’on ne peut pas tomber facilement sur les scénaristes. De plus, ces derniers l’ont clairement annoncé : « Ce n’est pas une adaptation exhaustive ». Bien que ce choix soit étonnant pour un roman naturaliste, le streaming laisse la possibilité au spectateur de quitter la série quand bon lui semble.
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Certains spectateurs y ont vu une forme de lecture libre. Beaucoup ont jugé la série comme naïve, rajoutant des violons sur les monologues grandiloquents de Zola remis au goût du jour, tout en ne supportant pas les origines de ces personnages.

…et un pionnier ?

Est-ce que le service public tient sa série blockbuster ? Pour en juger, il faut voir sa capacité à faire émerger de jeunes acteurs et actrices,  à l’image de Louis Peres dans le rôle d’Etienne Lantier.
La tâche est rude puisque le public de la série est surtout un public familial, dont les parents ont peut-être vu le film de Claude Berri en 1993. Les rôles de Lantier et du père Maheu sont encore hantés par Renaud et Gérard Depardieu.
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Est-ce que les anciens résistent ? Est-ce que les nouveaux applaudissent ? Le temps fera son affaire. Néanmoins, cela permet d’en confirmer certains, notamment Alix Poisson. L’interprète de la mère de Catherine est déjà présente depuis longtemps sur des séries France Télévisions mais c’est le premier rôle lui offrant une tout autre envergure. Sa prestation esquive le pathos de l’intrigue tout en sachant donner de l’épaisseur à des monologues parfois trop grandiloquents.
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Il s’agit là du principal défaut : sa redondance. L’histoire nous immerge aussi vite qu’elle nous fait ressortir à coups de monologues plus grandiloquents les uns que les autres. Pourtant, l’intrigue reprise du roman développe un rythme soutenu et lisible. Un pari réussi autant pour l’aspect historique que familial.
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De même pour le montage qui se veut dynamique. Il sauve quelques séquences sur les premiers épisodes. En ce qui concerne la lumière, le lien avec les autres plateformes est saisissant. Ayant vu le nombre de spectateurs sur portable, Netflix impose un style de lumière capable de s’adapter à tout types de visionnages. Germinal s’inscrit dans cette lignée, avec un étalonnage sobre mais facilement transposable sur Salto.
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Des lieux de tournages historiques.

Un parti-pris sans risques

En s’inscrivant dans la tradition progressiste de France Télévisions et en reprenant le format des autres plateformes, la série ne peut que rassembler. Une vision établie dès l’écriture selon le réalisateur David Hourrègue :
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« Ma priorité était d’abolir toute distance trop respectueuse vis-à-vis des personnages pour ramener le public vers eux. […] Le seul moyen pour moi de redonner du souffle à ce monument, c’était de sortir des archétypes, des poncifs, d’éviter ce misérabilisme qui empêche toute forme d’identification. Je voulais par exemple que l’on puisse aussi par moments avoir de l’empathie pour Hennebeau, le patron de la mine, et c’est la raison pour laquelle je suis allé chercher pour l’incarner Guillaume de Tonquédec. Il fallait que l’on s’attache à ce personnage, aussi cynique soit-il. » 
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La force de cette série se trouve peut-être dans sa vulgarisation du roman. Si certains spectateurs sont réticents aux 470 pages du roman, le seront-ils autant avec 6 épisodes de 52 minutes ? Ce cas de figure était également celui de Julien Lilti, l’un des scénaristes de Germinal :
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« Moi-même, j’ai du mal avec la lecture et c’est vrai que Germinal n’est pas le roman le plus facile d’accès. En le relisant, j’avais le sentiment d’être passé à côté pendant ma scolarité. Et même quand je l’ai relu pour la première fois, je me suis dit : « il y a des descriptions très longues ». Mais en parallèle, Germinal est tellement multi-facettes qu’il y a énormément à y apprendre ».

Conclusion

Germinal est un faux parti-pris, qui a le mérite de pas avoir voulu n’être que fidèle. Cette série peut ouvrir un large débat sur l’adaptation sur écran.  Si celle-ci est vue sous son angle éducatif, la volonté d’en faire une porte d’entrée au roman est réussie. Les 6 épisodes sont disponibles à tout moment sur la plateforme payante Salto.

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