Critique de « Coup de Chance »: Woody Allen revient en forme avec un drame français
Venise 2023 : le 50e – et potentiellement le dernier – film du cinéaste atteint tous les rythmes requis de son œuvre
Le partenaire aisé d’un conjoint beaucoup plus jeune se retrouve dans une impasse sentimentale. Ce nœud est si serré qu’il doit recourir à des solutions extra-légales pour s’en sortir. Il appelle donc une connaissance voyou et demande nerveusement un rendez-vous « à l’endroit habituel ». Si nous étions dans les années 1980, l’homme riche aurait pu être joué par Martin Landau ; une décennie plus tard, le voyou à l’autre bout du fil aurait pu ressembler à Tony Sirico. Dans « Coup de Chance » de 2023, cet endroit habituel se trouve être sur les quais de Seine, juste en dessous du Pont-Neuf.
Marquant les débuts en langue française du réalisateur (même s’il ne s’agit pas de son premier voyage à Paris), le 50e long métrage de Woody Allen, « Coup de Chance », prouve que de temps en temps, on peut gagner beaucoup en traduction. Et bien que le film ne s’aventure guère sur de nouveaux terrains, il remanie néanmoins de manière ludique bon nombre des obsessions des animaux de compagnie et des personnages de base d’Allen avec un nouvel accent et un assaisonnement légèrement différent, ce qui en fait un plat, composé d’anciens ingrédients, qui ressort de temps en temps frais. .
Cette confection légère mais gagnante n’aura que peu d’effet sur l’image publique galvanisante du réalisateur controversé mais, après une série de déceptions étouffantes, « Coup de Chance » offrira du réconfort aux nombreux finalistes du cinéaste – surtout compte tenu de l’indication d’Allen selon laquelle ce 50ème film pourrait ce sera bien son dernier.
L’adoption par Allen d’un nouveau langage – et d’acteurs qui le maîtrisent – a clairement donné un nouveau souffle à un monde qui est devenu de plus en plus aéré au cours de ses dernières sorties, tandis que la construction espiègle du film confère un sens de jeu bienvenu. Attirant des conjoints infidèles, des conjoints fouineurs et des conjoints nostalgiques du chemin non emprunté, le film jongle avec de nombreux éléments communs au travail d’Allen, les introduisant dans un drame sinueux qui est presque tous mis en place pour l’une des punchlines les plus drôles de sa carrière.
L’analogue d’Allen dans ce cas est un écrivain new-yorkais vêtu de tweed, nommé… Alain (Niels Schneider). En se promenant un beau matin dans son quartier parisien, Alain tombe sur Fanny (Lou de Laâge), sa amoureuse du lycée, qui, par hasard, vit et travaille à proximité. Le fait qu’un écrivain en difficulté vivrait dans l’un des quartiers les plus cossus et les plus coûteux de Paris, et que l’endroit habituel pour les intrigues tranquilles se trouve être le centre même de l’une des villes les plus visitées au monde, prouve qu’au moins Certaines des tendances les plus romantiques d’Allen ont survécu intactes au vol transatlantique.
« Coup de Chance » se traduit par « Coup de chance », la chance étant le thème central du film (comme c’est également le cas dans environ 38 autres films d’Allen). Le jeune couple réalise bientôt des rêves déçus au lycée, tombant dans une liaison après une rencontre fortuite dans la rue. Pendant ce temps, le mari aîné de Fanny, Jean (Melvil Poupaud), adopte une vision plus déterministe. Un personnage à la Gatsby avec une source de revenus plutôt douteuse – il prétend aider les riches à s’enrichir et en reste là – Jean estime qu’il n’y a pas d’autre destin que ce que l’on gagne. Et puis il y a la mère de Lou basée à New York (Valérie Lemercier), qui choisit exactement le mauvais moment pour lui rendre visite.
Voici les éléments clés d’un drame léger de 90 minutes qui brouille et réassemble le bon endroit et le mauvais moment de chaque permutation. Les apartés philosophiques d’Allen et les répliques bien réglées (« Trop sexy n’existe pas », dit Jean. « C’est comme être trop riche ») s’intègrent parfaitement dans le français, tandis que les éclairages ambrés du directeur de la photographie Vittorio Storaro embellissent joliment les séquences langoureuses du film. d’amour l’après-midi.
Parmi le casting, la comédienne Valérie Lemercier (qui a fait tourner les yeux avec son biopic gonzo sur Céline Dion « Aline » à Cannes il y a quelques années) apparaît sur le devant de la scène dans la seconde moitié du film, jouant un rôle qui aurait sans aucun doute été attribué à Dianne Wiest ou Keaton. dans les années 90, et s’en acquittant tout aussi bien.
Pour l’instant, personne ne sait encore si Allen fera un autre film. « Coup de Chance » n’est pas un triomphe de fin de carrière, mais il est assez aimable, finement travaillé et mène à une conclusion délicieuse. En cinquante films, Woody Allen n’a peut-être plus rien de nouveau à dire depuis longtemps, mais il a réussi, avec ce long métrage marquant, à trouver une nouvelle façon de s’exprimer.
« Coup de Chance » sortira à l’international le 27 septembre.



