The Taste of Things Avis critique du film (2023)
A travers cette scène, où personne ne dit autre chose que « Mettez le veau au four », nous reconstituons les relations. C’est tellement gratifiant d’apprendre à connaître les personnages en regardant ce qu’ils font (plutôt que de les écouter parler d’eux-mêmes). Une quantité étonnante d’informations est transmise sans dialogue. Il y a Dodin Bouffant (Benoît Magimel), qui supervise le repas, mais aussi cuisine lui-même, partageant son temps en rendant visite à ses invités. Sa compagne en cuisine est Eugénie (Juliette Binoche), qui s’occupe de son travail avec un plaisir évident, le visage illuminé, ravie de la réussite d’une longue journée de labeur. Elle n’est pas seulement une bonne cuisinière. C’est une artiste. Les deux assistantes sont des adolescentes, Violette (Galatéa Bellugi) et Pauline (Bonnie Chagneau-Ravoire), qui travaillent en silence et avec obéissance. Pauline est nouvelle en cuisine et encore enfant, mais c’est une prodige de la gastronomie, capable de nommer tous les ingrédients d’un bouillon simplement d’après leur goût. Dodin et Eugénie reconnaissent et cultivent son don.
Basé sur le roman populaire français L’Épicure passionnée (1920), écrit par Marcel Rouff, « Le goût des choses » présente de nombreuses scènes de ce type, de longues scènes de cuisine délicieuses, mais c’est la première qui fixe le rythme du film. On ne remarque même pas la durée de la scène, tant ce qui se passe est tellement apaisant et agréable. L’histoire des « films culinaires » est longue, mais il n’y a jamais eu de nourriture aussi délicieuse que les plats créés par Dodin et Eugénie. On sent presque l’arôme de ces bouillons, pâtisseries, poulets.
Mais « Le Goût des Choses » a des couches plus profondes liées à toute cette préparation culinaire. Dodin et Eugénie travaillent côte à côte depuis vingt ans. La manière dont Eugénie est venue vivre avec lui n’est pas vraiment expliquée, même s’il est un épicurien si célèbre qu’elle s’y est peut-être rendue pour s’offrir comme apprentie. La manière douce et encourageante avec laquelle elle traite Pauline suggère une identification personnelle avec l’enfant. Dodin et Eugénie partagent occasionnellement des nuits ensemble, où il déambule dans les couloirs sombres du manoir et frappe à sa porte. Cela aussi dure probablement depuis 20 ans. Dodin a proposé à Eugénie à plusieurs reprises. Elle le refuse toujours. Leur relation est une relation de respect mutuel, non seulement en tant que personnes, mais en tant que compagnons obsessionnels. Cuisiner ensemble, pour eux, est un acte de création.






