Critique de « The Instigators » : Damon et Affleck brillent dans le rôle de Bumbling
Même si le scénario semble lâche, le nouveau film de Doug Liman reste une aventure amusante
Malgré son Oscar pour son rôle de l'homme le plus triste de toute l'existence dans Manchester by the Sea, Casey Affleck a su dans ses premiers rôles qu'il pouvait parfaitement incarner un petit frère agaçant. L'une des meilleures blagues de Will Hunting est celle d'Affleck sur la banquette arrière de la voiture chantant « I wish I have a double burger… » et il a ensuite apporté cette même énergie irritante mais attachante à la trilogie des films Ocean. Même si Affleck ne joue pas un petit frère dans son nouveau film The Instigators, c'est le même type de bavardage qui fonctionne incroyablement bien pour lui (et il n'est peut-être pas surprenant qu'il ait également coécrit le scénario). Associé une fois de plus à Matt Damon, l'alchimie instantanée des deux fait facilement du film un film agréable à regarder qui, pour le meilleur et pour le pire, donne le sentiment que les stars improvisent au fur et à mesure.
Rory (Damon) est un ancien Marine dépressif au bord du suicide, et Cobby (Affleck) est un alcoolique qui a besoin des enfants du quartier pour souffler dans un éthylomètre afin de faire démarrer sa moto. Ces deux pauvres types de Quincy se retrouvent impliqués dans un braquage lorsque leur connaissance commune, Scalvo (Jack Harlow), tombe dans le camp du gangster local M. Besegai (Michael Stuhlbarg). Le plan est de dévaliser le maire corrompu Miccelli (Ron Perlman) le soir de sa réélection, lorsque tous ses paiements de pots-de-vin (toujours en liquide) seront versés. Rien ne se passe comme prévu, et Rory et Cobby doivent fuir à travers Boston pour éviter à la fois les flics en colère et la colère de Besegai.
Le succès du film vient en partie de ses attaques délibérées contre le genre du braquage. C'est presque comme si Casey Affleck avait vu le film de son frère Ben, « The Town », et s'était dit : « Ça ne se passerait pas comme ça », et avait sorti cette version comique (même si en réalité le scénario est davantage inspiré du co-scénariste Chuck MacLean et de sa connaissance du milieu criminel de Boston). Nous savons tous comment un braquage bien exécuté est censé se dérouler, et Cobby, joué par Affleck, est comme le type au cinéma qui dit : « Comment le sais-tu ? » lorsque le planificateur expose sa vision. C'est la voix de la raison qui dégonfle le ballon de manière sarcastique, et pourtant la manière sage dont il s'exprime fait chanter l'ensemble. Cobby n'a pas tort, et plus on le croit, plus on est capable de se laisser emporter par une aventure qui est tout aussi improbable que n'importe quel film de braquage, mais avec la patine d'une sagesse blasée.
Damon est un homme honnête dans tout cela, laissant à Affleck la plupart des répliques hilarantes tout en jouant un gars qui est aussi clairement hors de sa zone de confort. Alors que Damon a une longue histoire de personnages brillants de « Will Hunting » à « Seul sur Mars », il semble ici volontairement perdu – un homme qui n’a jamais commis de crime de sa vie, ne veut blesser personne et a juste besoin d’une certaine somme d’argent pour ce qu’il croit être une tentative de rédemption. Regarder Damon jouer, sinon stupide, du moins certainement ignorant, est un changement de rythme agréable, et cela permet de faire bonne figure face à Cobby, un personnage intelligent de la rue.
Le duo Damon-Affleck est le ciment qui maintient ensemble « Les Instigateurs » dans ses moments les plus difficiles. Le scénario a un problème récurrent : il introduit des personnages hauts en couleur, puis les abandonne sans ménagement lorsqu'ils ne sont plus utiles à l'intrigue. Il y a un courant sous-jacent selon lequel si le nombre de morts devient trop élevé, le film perdra sa légèreté, mais le résultat est que vous avez ces fils conducteurs en suspens, surtout en ce qui concerne M. Besegai. C'est particulièrement dommage quand Stuhlbarg est si bon (comme d'habitude), et que nous avons l'avantage de le voir jouer contre Alfred Molina, qui joue le bras droit de Besegai, Richie.
Au fur et à mesure que le film avance, le manque de cohérence du scénario commence à se faire sentir et on se demande : « Hé, ça fait un moment qu'on n'a pas vu ces personnages secondaires. » Tout repose sur de nombreuses coïncidences utiles, mais comme l'éthique directrice du film est de ne jamais se prendre trop au sérieux, on peut en quelque sorte adhérer à l'intrigue même lorsque ses derniers lambeaux de crédibilité sont mis à rude épreuve. Une fois que l'on admet que les prémices d'un braquage sont de toute façon intrinsèquement stupides, alors tout ce qui suit se met étrangement en place.
Bien que « Les instigateurs » puisse parfois ressembler à un film des frères Coen sans le raffinement, le film de Doug Liman dégage suffisamment de charme et d'énergie pour que le film continue de vibrer. Affleck sait comment jouer de ses atouts comiques, et il a une fois de plus un partenaire de jeu en la personne de Damon. Compléter le reste du casting avec des talents aussi stellaires (Hong Chau, Ving Rhames, Paul Walter Hauser, Toby Jones) va presque à l'encontre du film car nous aimerions voir plus de ces acteurs que ce que nous avons, mais tout cela s'ajoute à une aventure exubérante qui rend le visionnage facile.
« The Instigators » fera ses débuts dans certains cinémas le 2 août avant sa première mondiale sur Apple TV+ le 9 août.





