Argylle : critique qui donne sa langue au chat

Argylle : critique qui donne sa langue au chat

Lorsque l’on se plonge dans l’univers d’Argylle, ce qui frappe de prime abord, c’est le potentiel colossal que le film promet d’exploiter. Sous la houlette de Matthew Vaughn, le film se profile comme une célébration du monde de l’espionnage, pleine de faux-semblants et de manipulations. Néanmoins, cette promesse d’une grande aventure s’échappe peu à peu au fil du récit.

Une trame narrative qui joue avec les apparences

La trame narrative, complexe et enchevêtrée, se nourrit des mensonges et illusions inhérents au monde de l’espionnage. Jason Fuchs, à l’écriture, s’amuse à poser ses pions, flirtant avec la complaisance par les ficelles un peu trop visibles qu’il utilise, telles que le fameux fusil de Tchekhov, qui prend ici une forme bien littérale. Ces codes, si chers au domaine de l’espionnage, se voient scrupuleusement respectés, mais il semble que le réalisateur ait misé sur une immersion plutôt traditionnelle, faisant perdre au passage ce sentiment de passage vers un univers parallèle, pourtant si cher aux oeuvres précédentes de Vaughn.

Sam Rockwell magnifie la comédie

Si l’on peut reprocher à Argylle un premier acte poussif, on ne peut en revanche pas nier la performance de Sam Rockwell. Comme à son habitude, l’acteur excelle dans le registre comique et insuffle une énergie bienvenue à un film qui en a parfois cruellement besoin. Toutefois, le twist, aussi ingénieux soit-il, peine à compenser la lourdeur d’une mise en scène qui ne parvient qu’en de rares instants à atteindre le niveau d’un divertissement haletant et impertinent.

Le style de Vaughn en question

Dans les scènes d’action, la volonté de surprendre par des transitions audacieuses se heurte à la répétition et à un manque de nouveau souffle. Le personnage d’Elly, confronté à ses traumas, ondoie entre la réalité et ses fantasmes, matérialisés par deux versions d’Argylle interprétées par Henry Cavill et Sam Rockwell. Ces alternances, bien qu’imaginatives, finissent par perdre leur effet et contribuent à une certaine lassitude.

Une esthétique en demi-teinte

Quand bien même certaines innovations visuelles parviennent à captiver, la globalité du film souffre de son irrégularité artistique. Là où le cinéma de Vaughn se voulait généralement indulgent vis-à-vis des effets spéciaux au service de la créativité, Argylle trébuche et laisse apparaître des effets visuellement peu convaincants pour un blockbuster d’envergure.

Malgré ces critiques, le film dégage un attrait indéniable, notamment dû à son casting de haute volée. Chaque acteur semble s’épanouir pleinement dans cet univers singulier et stylisé, avec une mention spéciale pour Sam Rockwell, qui s’impose avec virtuosité. Cependant, au-delà de ces éclats de brillance et d’un chat extrêmement craquant (hormis en CGI), on ne peut s’empêcher de craindre que Argylle ne marque pas seulement le pas d’une oeuvre décevante mais aussi le déclin d’un cinéaste autrefois encensé, successeur d’une saga Kingsman elle aussi dans la tourmente.

En somme, Argylle reste un pari audacieux, jonglant entre l’éclat et la pénombre. Un film d’espionnage qui, derrière son apparence clinquante, dissimule des zones d’ombre qui le rendent aussi intrigant que frustrant. Un tableau contrasté qui ne manquera pas de susciter débats et réflexions.

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