L’écho des Comedian Harmonists résonne à Broadway grâce à Barry Manilow
La scène de Broadway est souvent l’endroit où les grandes oeuvres du passé et les récits poignants sont ressuscités, donnant un nouveau souffle à des histoires anciennes. Barry Manilow nous a toujours offert des mélodies mémorables au fil de sa carrière, et il poursuit cette tradition avec sa toute dernière création pour le théâtre, « Harmony ». Un projet que Manilow a laissé mijoter pendant de nombreuses années et qui, en collaboration avec son parolier de toujours, Bruce Sussman, nous plonge dans l’époque charnière de l’Allemagne des années 1927 à 1935.
Fidèle à ce qu’on attend de lui, Manilow ne déçoit pas en matière de compositions avec « Harmony », bien que les comparaisons habituelles à des géants de la comédie musicale ne soient pas de mise. Les liens musicaux qu’il tisse semblent plutôt s’aligner avec ceux d’un autre érudit de la mélodie, Franz Lehar. La transition entre ‘Mandy’ et ‘The Merry Widow Waltz’ pourrait paraître inattendue, mais elle révèle une adéquation certaine au sein de cette production riche en histoire.
« Harmony » prend vie au Ethel Barrymore Theatre, dévoilant l’ascension et la chute des Comedian Harmonists, un groupe de chanteurs qui a émergé à Berlin et a pu jouir d’une notoriété internationale, grimpant même les marches du prestigieux Carnegie Hall. Leurs récits, intercalés dans l’histoire, couvrent des sommets scintillants de succès et plongent dans les abîmes les plus sombres lorsque la montée du nazisme bouleverse leurs destinées.
Pour autant, l’épopée des Comedian Harmonists mériterait un déploiement plus fluide. La pièce met un temps à installer ses protagonistes, et le rire, peu convaincant, occasionné par les difficultés de prononciation du nom du groupe ne fait que souligner cette entrée en matière laborieuse. Et tandis que certaines figures s’imposent avec des traits distinctifs, d’autres paraissent flotter comme des silhouettes à peine esquissées dans le premier acte, avant de prendre toute leur ampleur tandis que l’histoire, en se déployant, nous dévoile leurs destins marqués par la montée de l’horreur nazie.
Il est impossible de ne pas percevoir l’ombre de « Cabaret » planer sur cette production, la combinaison de l’opulence des boîtes de nuit et la menace nazie ayant déjà fait ses preuves sur scène. Néanmoins, là où « Cabaret » frappe par sa perception cruelle et directe, « Harmony » semble parfois en proie à la dispersion, en particulier lorsqu’elle en appelle à des artifices narratifs comme les conversations à sens unique entre un rabbin âgé et son jeune homologue.
La mise en scène de Warren Carlyle apporte un lustre certain au spectacle, laissant entrevoir par éclats la gloire que les vrais Comedian Harmonists ont connue en leur temps. Et malgré un passage maladroit ou deux – une scène particulièrement incongrue où les chanteurs, déguisés en serveurs, sont ridiculement mis en scène – le poids de l’histoire qu’ils véhiculent finit par s’affirmer.
Un écho qui traverse l’oubli et la censure
« Harmony » de Barry Manilow et Bruce Sussman, à travers ses hauts et ses bas, sert moins de véhicule nostalgique pour ressusciter les Comedian Harmonists que de miroir de la persistance de l’humanité à travers les tribulations de l’histoire. Le spectacle nous rappelle l’horreur qui peut jaillir de l’ombre des paillettes et des feux de la rampe. Les chanteurs, apportant voix et vie à l’histoire, sont comme des fantômes qui éclosent à nouveau dans la conscience collective, rappelant les vies fauchées et les rêves brisés.
L’histoire de « Harmony » déploie les fils d’une époque complexe, où l’art nourrissait l’espoir et était en même temps mis à mal par la politique oppressive. Et si le spectacle n’atteint pas toujours l’illusion parfaite, il est certain qu’il pose un geste puissant: il déterre un chapitre oublié, convoquant les souvenirs d’un temps où des voix s’élevaient en harmonie avant d’être réduites au silence. Ainsi, quand la lumière des projecteurs se fane, reste l’émotion d’une histoire qui, malgré les tentatives de censure, refuse de disparaitre complètement dans la sombre nuit du passé.







