Cannes 2024: It’s Not Me, Filmlovers!, Misericordia | Festivals &
Il est clair que Carax est troublé par la question de savoir comment le cinéma évolue aujourd'hui, au milieu du déluge de représentations visuelles qui constituent notre paysage médiatique moderne. Même dans l'explosion d'idées qu'il fait exploser de manière ludique dans « C'est Pas Moi », les questions qu'il pose reflètent des préoccupations existentielles plus vastes. Même une performance triomphale de dernière minute de « Modern Love » (liant « Mauvais Sang » à « Annette » et, ce faisant, effondrant deux pôles de la carrière de Carax dans un autre type de locomotion animale) ne peut pas complètement apaiser le sentiment d'un cinéaste qui se sent rien de moins que l’image elle-même n’est menacée à notre époque moderne.

Tout aussi exaltant mais bien plus respectueux dans son hommage lyrique et doré à l'expérience cinématographique est celui d'Arnaud Desplechin « Spectateurs ! (« Cinéphiles ! »), présenté en Séance Spéciale à Cannes cette année.
Émotionnellement bouleversante dans son adhésion au public collectif, à la communauté qui se forme dans un théâtre une fois que les lumières s'éteignent et que les images projetées sur un écran nous transportent vers un autre endroit, la docufiction romanesque de Desplechin regorge de références cinématographiques et littéraires mais offre à chacune une touche extraordinairement légère ; ici, les spectateurs des images comptent plus que leurs créateurs.
Desplechin traverse sans effort les couches de fiction et de réalité afin d'explorer la fluidité avec laquelle le grand cinéma et notre expérience de celui-ci brouillent les frontières entre les deux. En ce sens, le propre rapport de Desplechin au cinéma se reflète à travers la narration de son personnage récurrent, Paul Dédalus (précédemment apparu, interprété par Mathieu Amalric, dans « Ma vie sexuelle », « Mes jours d'or » et « Un conte de Noël »). ).
Son nom faisant allusion à l'alter ego de James Joyce dans « Ulysse », Dédalus a existé dans le cinéma de Desplechin comme un dispositif de mise à distance, un substitut fictif du réalisateur lui-même et un homme ordinaire auquel tout spectateur peut s'identifier. Amalric apparaît dans les coins du cadre de Desplechin, livrant une voix off d'introduction en anglais et faisant une apparition à la fin du film ; au lieu de cela, Paul est joué comme un enfant (Louis Birman), un adolescent (Milo Machado-Graner, de « Anatomy of a Fall » de l'année dernière), dans la vingtaine (Sam Chemoul) et dans la trentaine (Salif Cissé), à chaque âge réfléchit aux expériences formatrices du statut de spectateur.







