Revue du « Langage universel » : le merveilleusement absurde de Matthew Rankin
Cannes 2024 : Cette comédie audacieuse est aussi délicieusement drôle que subtilement réfléchie
Il y a de fortes chances que « Universal Language », le dernier long métrage du scénariste, réalisateur et acteur Matthew Rankin, mérite des comparaisons bien intentionnées quoique superficielles avec le travail de Wes Anderson. Le ton aigu et ludique du ton, situé dans une version résolument surréaliste des villes canadiennes de Winnipeg et de Montréal où le fasrsi est désormais la langue dominante, ainsi que le style visuel dynamique méritent certainement d'être tenus en si haute estime.
Cependant, réduire le film à un point de comparaison aussi simple, c'est passer à côté de la belle image complète qui est donnée ici par Rankin aux côtés de ses co-scénaristes Pirouz Nemati et Ila Firouzabadi. Même si les admirateurs d’Anderson sont peut-être bien placés pour apprécier « Universal Language », ils découvriront également qu’il y a beaucoup de choses joyeusement distinctes. C'est un film dont la magnificence vous surprend, se délectant de nombreuses bêtises intelligentes avant de vous frapper avec une succession de scènes sombres qui vous mettent à plat.
Présenté samedi à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2024, le film s'ouvre sur un plan extérieur parfaitement cadré d'une école où un groupe d'élèves jouent dans une salle de classe alors que leur professeur (Mani Soleymanlou) est en retard. Ce n'est que le premier signe de la qualité du tournage de l'ensemble du film par la directrice de la photographie Isabelle Stachtchenko. Lorsque le professeur arrive, il est en colère d'être en retard et commence à s'en prendre à tous les enfants qui sont désormais tombés dans le silence, en leur demandant quels rêves ils ont pour eux-mêmes avant de les renvoyer un par un. C’est une ouverture stellaire car elle est à la fois extrêmement drôle et prépare le terrain pour ce qui va arriver. Les rêves, dans ce monde et dans le nôtre, sont des choses insaisissables qui peuvent facilement nous glisser entre les doigts.
Au milieu de cette ouverture, on fait la connaissance de certains de ces étudiants, comme Omid (Sobhan Javadi) dont les lunettes ont été volées par l'une des nombreuses dindes qui peuplent le film. Suite à un grand gag impliquant une balançoire, le principal duo d'enfants que nous suivrons est Negin (Rojina Esmaeili) et sa sœur Nazgûl (Saba Vahedyousefi) qui découvrent une note de rial figée dans la glace. Ils ont décidé d'essayer de le libérer pour acheter une nouvelle paire de lunettes au pauvre Omid, mais c'est plus facile à dire qu'à faire.
Ailleurs, Rankin incarne un ouvrier qui quitte son emploi en ville pour rentrer chez lui après ce qui semble être une absence assez longue. Après un entretien de départ hilarant où on lui dit seulement de dire qu'il a passé un bon moment à travailler là-bas, il part prendre un bus qui tombe rapidement en panne, et il passera ensuite la plupart du temps à marcher péniblement dans la neige dans l'espoir de retrouver maison.
Le film devient alors une étrange odyssée, avec des publicités récurrentes sur les dindes ou des visites au magasin Kleenex. Beaucoup de ces scènes font penser au chef-d'œuvre complexe de Jacques Tati, « PlayTime » de 1967, mais cette comparaison n'est qu'une partie de l'expérience. Même s'il nous plonge dans un paysage souvent désolé et froid, il y a une chaleur au centre du film de Rankin. Comme la glace que les jeunes espèrent briser pour libérer l'argent de ses confins froids, c'est un film qui trouve de nombreuses richesses à mesure qu'on reste assis avec lui.
Aux yeux de Rankin, la culture iranienne et le peuple iranien lui-même font partie du tissu social du Canada. Pour Rankin, ce sont les petits moments qui valent la peine de s'arrêter et de ralentir.
Bien que le film regorge de réflexions sournoises et sentimentales, c'est dans la seconde moitié qu'il trouve ses moments les plus résonnants. Sans abandonner complètement l'humour, Rankin commence à opérer de plus en plus dans un registre tonal et émotionnel différent. La première fois que son personnage revient dans la maison de son enfance, on a droit à une scène sans dialogue où l'on assiste à la joie d'une nouvelle famille qui y vit désormais. Lorsqu’il arrive sur place, il est accueilli à bras ouverts, créant une séquence étonnamment émouvante et émouvante. Même si la manière précise dont le film est construit pourrait être froide au regard de la comédie, c'est dans des scènes comme celles-ci que l'on commence à sentir éclater une passion plus fervente.
En particulier, la dernière série de scènes met tout cela en évidence de manière époustouflante. Il est ponctué de l'épanouissement le plus surréaliste du film, mais tout cela semble tout à fait conforme à ce vers quoi Rankin nous poussait doucement tout au long du voyage. Rankin trouve les derniers instants d'émerveillement et de beauté dans le plus petit des endroits.







