2023: The Year of the Teacher | Features

Pourquoi donc? Le « Monstre » plus discret de Kore-eda Hirokazu a une réponse claire. Le film examine la situation malheureuse d’un enseignant sous plusieurs angles et arrive à la conclusion que « ce qui s’est réellement passé n’a pas d’importance ». Dans ce film, une maman (Sakura Ando) découvre que son fils de cinquième année (Soya Kurokawa) a une nouvelle blessure à l’oreille, suite à un incident avec son professeur en classe. Lorsqu’elle rencontre le directeur, l’enseignant et d’autres membres de l’administration, elle reçoit des excuses inconfortables et fortement scénarisées. Cela ne conviendrait évidemment à aucun parent. Plus ces réunions durent, plus elle se rend compte qu’elle a affaire à des gens qui n’ont aucun intérêt à aider son fils, à enquêter sur l’incident ou à lui donner un résultat satisfaisant (c’est-à-dire laisser partir l’enseignant). Nous, dans le public, ressentons sa frustration. Les enseignants reçoivent souvent des conseils sur ce qu’ils doivent dire lors des réunions parents-enseignants, mais il y a clairement quelque chose qui ne va pas ici.
« Monster » finit par revenir en arrière et change de perspective à plusieurs reprises pour donner un aperçu plus clair de ce qui s’est réellement passé en classe. Le professeur, M. Hori (Eita Nagayama), a sa version de l’histoire, qui normalement l’absoudrait, mais sa vie privée le marque également. La sensibilité de Kore-eda envers chacun de ses personnages contribue à faire de « Monster » un parfait exemple de la façon dont un incident à l’école peut si facilement passer du stade de fait à celui de légende. Une fois que nous connaissons toute l’histoire, il n’y a pas de méchants ou de héros clairs ici. Tout comme dans « The Teachers’ Lounge », chacun, à sa manière, est victime de sa perception limitée des événements. Ce qui s’est réellement passé compte évidemment, mais la triste réalité demeure : tout le monde a une opinion, chaque école a un conseil d’administration auquel répondre et ces conseils tiennent des réunions publiques et ces réunions sont bien documentées. Moins on en dit, mieux c’est, même si garder le contrôle sur les choses peut encore ruiner des vies.
L’enseignante de « Blue Jean » de Georgia Oakley a sa propre corde raide sur laquelle marcher lorsqu’il s’agit de sa vie personnelle et de la relation qu’elle entretient avec l’un de ses élèves. Situé en Angleterre en 1988, Jean est contraint de vivre une double vie d’enseignant gay enfermé. Une nouvelle élève, Lois (Lucy Happiday), arrive dans son école qui pourrait également être fermée. Au début du film, Jean enseigne à sa classe la « réaction de combat ou de fuite » et comment les instincts naturels d’une personne peuvent ne pas correspondre à ce qui doit être fait à ce moment-là. Jean se retrouve en position de combat ou de fuite lorsque son élève est victime d’intimidation parce qu’il est gay, se défend et finit par être emmené au bureau. Le travail de Jean exige qu’elle réprimande Lucy pour avoir provoqué une confrontation physique, même si elle pense probablement que l’autre étudiant l’avait prévu. Cela a toujours été une énigme typique des enseignants. La violence n’est jamais la solution, mais le sens de l’empathie de Jean doit passer au second plan pour sauver les apparences. Une situation similaire se reproduit plus tard dans le film et a des conséquences encore plus importantes pour tous.






