Les Trois Mousquetaires : Milady – critique d’une épée émoussée
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Dans l’ombre des épées : le second volet du pari de Pathé
Malgré l’éclat des armures et la renommée des héros, « Les Trois Mousquetaires : Milady », dernière née des productions Pathé, peine à conquérir les cœurs. Avec un pont d’or érigé sur les fondations du chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas, cette tentative moderne de revivifier le film de cape et d’épée semble perdre l’équilibre entre authenticité et innovation.
Martin Bourboulon revient avec François Civil, Eva Green, Vincent Cassel et d’autres visages connus pour compléter sa vision romanesque. Mais là où un grand spectacle cinématographique était attendu, c’est une sorte de série en demi-teinte qui se déroule sous nos yeux, parfois brillante, souvent terne, se débattant dans un mélange incohérent de genres.
La quête d’une identité perdue
Le défi de la suite, « Milady », est de transporter le spectateur dans un monde où l’action débridée se mêle à des personnages mythiques. Pourtant, dès les premières scènes, on est frappé par un sentiment de déjà-vu. François Civil, incarnant D’Artagnan, et Eva Green, dans le rôle de Milady, forment un duo improbable, oscillant entre séduction et antagonisme, mais ils se déplacent dans un scénario qui semble tiraillé entre les attentes d’un public traditionnel adepte des exploits chevaleresques et la volonté de produire quelque chose de résolument moderne.
En lieu et place du développement des aventures et relations, c’est à un enchaînement de séquences sans saveur auquel on assiste, auxquelles s’ajoutent des prouesses techniques comme des plans-séquences qui flattent davantage les capacités de la caméra que la chorégraphie des combats. L’action devient alors un ornement superficiel plutôt qu’un moteur narratif.
Modernité manquée et personnages oubliés
Curieusement, l’élément le plus prometteur du film, la figure de Milady avec sa moralité contradictoire, est sous-exploitée et noyée parmi les artifices de l’intrigue. Son potentiel est éclipsé par des flashbacks hâtifs et des interactions qui auraient mérité d’être plus fouillées et intimes. Les autres mousquetaires, Porthos et Aramis notamment, demeurent en retrait, laissant le sentiment d’une opportunité manquée de tisser des liens plus profonds avec leur audience.
La grande question qui se pose est donc : que cherchait réellement à capter « Les Trois Mousquetaires : Milady » ? Ni les relations humaines ni les scènes d’action n’ont été traitées avec l’attention due, éclipsant ainsi le cœur battant de l’histoire au profit d’une précipitation pour toucher à ses temps forts, qui, ironiquement, perdent de leur intensité dramatique.
En conclusion
« Les Trois Mousquetaires : Milady » se présente donc comme une suite aux accents inachevés, une méga-production qui, derrière ses prétentions modernes, semble se chercher une raison d’être au milieu d’un dédale de non-choix. Dans cette cacophonie, le film de Martin Bourboulon lutte pour trouver sa place, jonglant entre l’hommage au cinéma classique et l’éclat d’une mise en scène contemporaine, sans jamais vraiment saisir son public.
En tentant de séduire à la fois les amateurs de grands récits épiques et ceux en quête d’une vision avant-gardiste, « Les Trois Mousquetaires : Milady » risque de ne conquérir ni l’un ni l’autre, se perdant dans son propre reflet d’épées sans tranchant.







