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The Revenant : des conditions de tournages périlleuses

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The Revenant, les origines du projet

Lorsqu’il monte sur la scène des Oscars pour la troisième fois de la soirée en février 2015, pour le triomphe final de Birdman (qui lui a valu les statuettes du meilleur scénario, meilleur réalisateur et meilleur film), Alejandro Gonzalez Inarritu a déjà la tête ailleurs : depuis septembre 2014, il tourne The Revenant avec Leonardo DiCaprio et Tom Hardy, un western sur un trappeur laissé pour mort par son équipe, dans l’Amérique sauvage du 19ème siècle.

Les prises de vue sont censées se terminer quelques semaines plus tard, mais à cause d’ambitions et de conditions extraordinaires, le film est devenu un tournage périlleux. Comment ne pas penser à William Friedkin qui, intouchable après L’ExorcisteFrench Connection et un Oscar du meilleur réalisateur, a pu lancer la machine infernale Sorcerer (Le Convoi de la peur) dans la jungle de l’Amérique du sud, emportant ses stars et son équipe dans un voyage au bout de l’enfer ? Car The Revenant semble bien parti pour écoper d’une même réputation sulfureuse.

 

 

Pourquoi de tels conditions de tournages ?

Passé entre les mains Park Chan-Wook, Samuel L. Jackson, John Hillcoat, Christian Bale et Jean-François Richet depuis 2001,The Revenant, qui devait à l’origine se faire avant Birdman, est un projet colossal dès le début : Inarritu veut tourner le film dans l’ordre chronologique (un parti pris inhabituel qui entraîne un surcoût de 7 millions de dollars), filmer de longues prises devenues sa marque de fabrique, et souhaite surtout travailler en lumières naturelles avec son célèbre chef opérateur Emmanuel Lubezki, intouchable depuis ses deux Oscars consécutifs pour Gravity et Birdman.

Dans ces conditions, les retards sont inévitables. Les mauvaises surprises aussi : la neige des décors canadiens fond avant que le tournage ne soit terminé, obligeant la production à chercher de nouveaux lieux, en Argentine. Inarritu explique : « La neige a fondu, littéralement, sous nos yeux. On a vécu le réchauffement climatique. On prévoyait de tournage la scène finale dans un décor qui était supposé avoir de la neige… mais il y avait des abeilles. Alors on a du arrêter« .

Le plan de travail de 80 jours s’étale sur neuf longs mois de travail en conditions extrêmes, dans le froid et l’isolement total. Innaritu compare son travail à celui d’un sculpteur, qui travaille la matière jusqu’à obtenir ce qu’il veut.

 


 

Tout un projet en péril

THR révèle que l’équipe technique a beaucoup souffert de ces conditions de tournage et du tempérament du réalisateur, si bien que beaucoup de membres ont quitté le film en cours de production – quand ils n’ont pas été simplement virés. Un technicien anonyme résume la situation comme « un véritable enfer ».

Sur le banc des accusés, avec le metteur en scène : le producteur Jim Skotchdopole. La collaboration entre les deux hommes, qui avaient pourtant travaillé ensemble sur Birdman, aurait beaucoup participé à la tension qui régnait sur le plateau. Le cinéaste aurait ainsi pris pour habitude de passer ses nerfs sur l’équipe, qui constatait que Skotchdopole était incapable de gérer un tournage titanesque et un réalisateur difficile à manoeuvrer.

En avril 2014, un voyage en hélicoptère vers un décor en pleine forêt, qui s’est révélé être mal exposé et offrir une lumière inadéquate, aurait mis un terme à la collaboration. Officiellement, Skotchdopole a été redéployé loin du tournage pour gérer la production au Canada. Officieusement, il a été bannis du plateau. Mais la crise va bien au-delà des deux hommes. En décembre, un break de quinze jours se transforme en pause de six semaines, durant lesquelles Innaritu renforce son équipe de production.


 

Une légende autour de The Revenant ?

Mais la réputation de The Revenant continue de prendre une ampleur considérable. Quelques jours après la première bande-annonce, vue 7 millions de fois en 36 heures, Damian Petti, un responsable de syndicat qui représente des membres de l’équipe canadienne, déballe dans la presse américaine les dessous du tournage.

Il explique que celui-ci n’apas respecté les consignes de sécurité lorsqu’il s’agissait d’obtenir le plan parfait : « Dans notre industrie, c’est important que les gens fassent la différence entre avoir un film fantastique à tout prix, et la sécurité ». Petti rappelle qu’une vingtaine de techniciens a été virée, et que parmi eux certains avaient remis en question les conditions de sécurité garanties par la production. Mais New Regency dément et affirme que l’équipe était en sécurité.

Il y a aussi l’histoire d’un comédien immergé en eau glacée dans une combinaison défectueuse, qui avait été bricolée pour être invisible à l’écran. Mais là encore, Innaritu se veut rassurant : il a survécu. Et n’a visiblement pas beaucoup plus souffert que toute l’équipe : « Tout le monde était gelé, le matériel se brisait. Amener la caméra d’un point à un autre était un cauchemar ».

Le premier assistant, Scott Robertson, balaye toutes ces rumeurs alarmistes :« Nous avions un point sécurité tous les jours, parfois plusieurs fois par jour. Personne n’a été blessé sur le film malgré toutes ces trucs fous qu’on a fait ». Du côté de New Regency, on va plus loin encore : « Ca a été un film difficile. On a toujours su que ça allait être le cas. Tous ceux qui ont fait le film, techniciens et acteurs, comprenaient ce que ça allait être, et nous étions tous derrière la vision d’Alejandro ».

 

 

Un film sous tension jusqu’à sa sortie

A cinq mois de la sortie, la presse rapportait que The Revenant n’avait pas encore de fin. Gratland récoltait quelques mots de DiCaprio, qui s’apprêtait à décoller pour Ushuaia, au sud de l’Argentine, près du pôle sud, pour quelques ultimes jours de tournage : « Je suis habitué à m’habiller chaudement. Je le fais depuis neuf mois maintenant… C’était un autre type de défi pour moi. Et comme j’ai joué beaucoup de personnages très bavards, c’était quelque chose qui m’intéressait : un personnage qui ne dit presque rien ».

De quoi permettre au buzz du film de se construire sur la promesse d’un Oscar tant discuté pour le comédien. Inarritu, qui considère avoir entre ses mains un film existentiel, a conscience des conditions extrêmes qui ont été choisies :

« Il y avait quelque chose de très positif dans le fait de tourner dans ces conditions. On n’a plus d’aventure maintenant. Les gens disent, ‘J’ai été en Inde, c’est une aventure’. Non : on a un GPS, un téléphone, personne ne se perd. Ces mecs vivaient vraiment une aventure physique et émotionnelle dans des territoires inconnus. Les acteurs n’étaient pas en studio à rigoler devant des fonds verts. Ils étaient malheureux ! Et ils sentaient vraiment ce putain de froid ! Ils ne jouaient pas du tout ! »

 

Un tournage périlleux qui en valait la peine ?

« On a eu une tempête à -29°. J’ai essayé de sortir mon téléphone pour prendre une photo, et si je retirais mon gant pour le faire, pendant 40 secondes, je ne pouvais plus sentir mes doigts. Il y avait des moments où on se demandait, ‘Mais qu’est-ce qu’on fout là putain ?' ».

Mais l’homme ne regrette rien : « Si on avait été devant un écran vert avec un café et tout le monde qui s’amuse, tout le monde serait heureux mais le film serait sûrement une grosse merde ». Une chose est certaine : le cauchemar a donné naissance à un rêve. Avec son budget officiel de 135 millions (hors marketing), The Revenant a été un carton, avec plus de 530 millions au box-office.

Et bien sûr, il y a eu un triomphe aux Oscars, avec trois statuettes parmi douze nominations. L’équipe est repartie avec les trophées de meilleur réalisateur, meilleure photo et meilleur acteur. Soit le Graal tant attendu pour DiCaprio, nommé quatre fois auparavant. Et surtout, il reste un récit de tournage aussi épique que le film à l’écran, et qui le placera peut-être, dans l’histoire du cinéma, entre Apocalypse Now et Sorcerer.

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