Revue du Conclave : les cardinaux méchants choisissent le nouveau pape dans un discours captivant et exce…
Conclave est un film trompeur, qui se présente comme un appât à récompenses mais qui se révèle être quelque chose de bien différent au fur et à mesure de son déroulement. Réalisé par Edward Berger, qui a remporté le prix du meilleur film international pour À l'Ouest rien de nouveau, Conclave a une prémisse simple : à la mort du pape, les cardinaux du monde entier sont séquestrés pour choisir le successeur du Saint-Père.
Personne ne sait vraiment ce qui se passe derrière ces portes, mais Berger et les écrivains Peter Staughan et Robert Harris, ce dernier ayant écrit le roman sur lequel le film est basé, postulent que ces hommes pieux sont aussi mesquins que n'importe qui. Conclave est plein de coups bas, de manœuvres politiques et de querelles mesquines alors que les cardinaux décident lequel d'entre eux deviendra l'homme le plus célèbre du monde. C'est plus amusant qu'il n'aurait dû l'être, un thriller de série B avec un éclat de prestige qui parvient à être un sacré bon moment au cinéma.
Sommaire
Le Conclave comporte autant de coups bas et de manœuvres politiques que la succession et Game of Thrones
Un aperçu derrière les rideaux de l'Église catholique ne fait qu'accroître l'intrigue
Le doyen Lawrence, interprété avec une détermination d'acier par Ralph Fiennes, supervise ce conclave, mais il faut d'abord s'occuper de la mort du pape. Le corps est retiré de sa chambre et la porte est scellée. Des cardinaux arrivent du monde entier. Ils renouent les liens, commençant lentement à tisser leurs toiles de pouvoir alors qu'ils se préparent à être séquestrés.
Deux factions se disputent la papauté : le bloc conservateur, dont le principal candidat est le cardinal Tedesco (Sergio Castellitt). Ils veulent que l'Eglise revienne aux valeurs traditionnelles (c'est-à-dire qu'ils détestent les homosexuels, ne veulent pas entendre les femmes parler et n'ont aucune tolérance envers les autres religions que la leur).
Le bloc libéral est à l'opposé de ce dernier, et le pape, aujourd'hui décédé, en faisait partie. Le candidat qu'ils mettent en avant est Aldo Bellini, joué par Stanley Tucci, même s'il indique clairement dès le début qu'il ne veut pas de la papauté. C'est précisément pour cette raison qu'il la mérite, affirment-ils. Parmi les autres candidats figurent Tremblay (John Lithgow), un cardinal sous le feu des critiques pour des raisons que je ne dévoilerai pas ici, et Adeyemi (Lucian Msamati), un cardinal africain.
Le décor est planté et les cardinaux sont séquestrés, et le conclave commence. Pour accéder à la tête de l'Église, un cardinal a besoin d'une majorité des deux tiers des voix du groupe. Ces quatre candidats rassemblent la plupart des soutiens, à l'exception d'une surprise : un nouveau cardinal inconnu du reste du groupe : Benitez de Kaboul (Carlos Diehz). D'une manière ou d'une autre, à chaque tour de scrutin, il parvient à augmenter son nombre de voix.
Gâcher ici une grande partie des rebondissements du Conclave serait gâcher une partie du plaisir du film. On y trouve une multitude d'allégations, des invités surprises destinés à déstabiliser les candidats et des forces extérieures qui commencent à s'infiltrer dans les murs de l'église alors que l'instabilité définit l'ère actuelle du catholicisme.
Le Conclave tourne à plein régime
De la musique à la mise en scène de Berger, c'est une expérience envoûtante
La mise en scène de Berger est digne d'un opéra : des plans larges sur les cardinaux dans leur costume rouge, des gros plans serrés dans des couloirs exigus et un objectif pointé vers le haut pour capturer la grandeur des bâtiments que ces hommes appellent leurs bureaux. En tandem avec la mise en scène de Berger, la musique de Conclave, composée par Volker Bertelmann, est remplie d'arrangements de cordes serrés et rapides qui évoquent un sentiment d'horreur, et en plus de la plupart des événements – de longs couloirs sombres, des réunions obscures et des accords secrets – elle augmente parfaitement la tension, faisant tout autant que l'histoire et les acteurs.
Conclave ne prétend pas être un traité sur l'état de l'Église catholique, ni apporter de nouvelles informations sur la religion moderne. Il n'en demeure pas moins captivant et exploite l'événement qui lui donne son titre à la moindre goutte de dramaturgie. Regarder des acteurs comme Lithgow, Fiennes et Tucci mâcher des décors dans certains des plus vieux bâtiments du monde est comme une drogue pour quiconque aime les acteurs de caractère.
En fin de compte, c'est un exploit impressionnant que Berger ait pu réussir Conclave, non pas parce qu'il n'en était pas capable. À l'Ouest rien de nouveau a prouvé que le réalisateur sait mettre en scène un drame. Mais le fait qu'il ait rendu ce film amusant témoigne de la puissance du matériel source et de toutes les équipes créatives derrière le film qui ont porté ce conclave chaotique, méchant et caustique à l'écran.
Conclave a été projeté au Festival du film de Telluride 2024 avant d'être présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto. Le film dure 120 minutes et est classé PG pour le contenu thématique et le tabagisme. Il sortira dans les cinémas du pays le 8 novembre.







