Irréalisable

Interview au sujet du premier long-métrage de Babor : Irréalisable

« Irréalisable est ton premier film pensé dès le départ comme un “vrai” film de cinéma. Qu’est-ce qui a changé ?

J’avais déjà fait deux longs métrages, mais avec des bouts de ficelle et surtout pour le plaisir de faire des trucs avec mes potes. Là, je voulais voir si j’étais capable d’aller un cran plus loin : écrire un scénario complet, avoir une vraie équipe technique, payer les gens, travailler l’image, le son… Bref, faire un film sérieusement, ce qui est assez contradictoire quand on voit le film.

Irréalisable reste pourtant très proche de ton univers.

Heureusement ! Le but n’était surtout pas de faire soudainement un film français extrêmement digne où des gens regardent par la fenêtre pendant sept minutes. J’aime l’absurde, l’humour noir, les personnages un peu trop caractérisés. J’avais envie d’un huis clos dans un gîte, avec plusieurs personnages venus chacun avec leurs objectifs et quelqu’un qui vient complètement parasiter tout ça.

Les retours sont plutôt bons. Tu t’attendais à cet accueil ?

Je savais que ma communauté allait être bienveillante, mais j’avais plus peur des gens qui ne connaissent pas mon travail. Et justement, ce qui me fait plaisir, c’est de voir des spectateurs dire qu’ils ont apprécié le film sans connaître mes vidéos. Certains parlent d’un vrai film de cinéma plutôt que d’un “film de YouTuber”, et c’est probablement le compliment qui me touche le plus.

Après, il y a évidemment des gens qui aiment moins. Heureusement d’ailleurs, sinon ça voudrait dire que j’ai probablement réalisé Paddington 2, le seul film à ma connaissance qui fait l’unanimité dans le monde entier.

Le financement participatif a aussi été un premier succès.

Oui. On demandait 35 000 euros sur KissKissBankBank et la collecte a dépassé les 42 000 euros grâce à plus de 1 300 personnes. Pour un projet indépendant aussi bizarre, c’est énorme. Ça permet surtout de se rendre compte qu’une communauté peut réellement faire exister un film, pas seulement mettre un like sous une bande-annonce.

Ariovis a également participé au financement du film. Comment cette rencontre s’intègre-t-elle au projet ?

Ils ont apporté un financement important avec une particularité essentielle : ils ne m’ont pas demandé de transformer le film en publicité pour une entreprise de cybersécurité. Ils sont donc devenus, très officiellement, « productrice quantique » au générique. Ce qui est probablement le titre de producteur le plus prestigieux après producteur exécutif et Steven Spielberg.

Plus sérieusement, entre les contributeurs de KissKissBankBank, Ariovis et toutes les personnes qui ont accepté de travailler sur ce projet, Irréalisable existe parce que beaucoup de gens ont décidé de faire confiance à une idée qui, sur le papier, était quand même assez improbable.

Et maintenant ?

J’ai surtout envie d’en faire un autre. Irréalisable m’a confirmé que ce que je préfère reste écrire des histoires. J’ai énormément appris, notamment qu’essayer de tout produire soi-même est une idée catastrophique. Donc le prochain objectif, c’est de garder cette liberté et cet humour, mais en étant encore mieux entouré. Et, idéalement, avec beaucoup trop d’argent. »

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