Revue de Blue Moon – une nuit fraîche d’un déchu…

Revue de Blue Moon – une nuit fraîche d’un déchu…

En 2025, le scénariste/​réalisateur Richard Linklater a lancé deux nouveaux longs métrages sur des artistes révolutionnaires à des moments vitaux de leurs carrières respectives. Nouvelle Vague (qui arrive sur ces côtes début 2026) capture le zèle créatif irrépressible de Jean-Luc Godard et de son équipe hétéroclite tout en réalisant À bout de souffle dans les rues de Paris. Blue Moon, quant à lui, capture un géant du théâtre musical du début du XXe siècle en route vers le caniveau.

Nous sommes le 31 mars 1943, et le succès de Broadway, qui deviendra bientôt canonique, « Oklahoma ! », vient d'être présenté en première et a suscité des critiques élogieuses. Nous rejoignons le petit parolier Lorenz Hart (Ethan Hawke) alors qu'il soutient le bar du théâtre new-yorkais Sardi's. Son évaluation vipérissable confirme qu'il n'est pas fan de ce qu'il considère comme un romantisme sérieux et flatteur pour le public. ​'Oklahoma!', apparaît-il, est une nouvelle œuvre du partenaire musical de longue date de Hart, Richard Rodgers (Andrew Scott), qui a choisi de travailler avec un nouveau parolier, Oscar Hammerstein (Simon Delaney). Hart est aigri de ne plus faire l'objet d'applaudissements de l'industrie, mais tente pourtant sans enthousiasme de cacher son mépris. L'histoire identifie ce moment comme un tournant dans la carrière de Hart, où ses manières méchantes et son alcoolisme endémique ont fait de lui un handicap professionnel, et on a le sentiment qu'un Rodgers exaspéré voit presque cela comme une vengeance pour tant de comportements inconvenants.

Obtenez plus de petits mensonges blancs

Hawke incarne Hart en tant que conteur et plein d'esprit, un barfly impertinent dont le manque de maîtrise de soi et le recours facile à la tromperie et à l'autodépréciation rappellent le personnage de Ray Milland dans le drame sur l'alcoolisme de 1945, The Lost Weekend. C'est un tour de personnage attachant qui ne cherche jamais à s'excuser de la personnalité exigeante de Hart, bien plus que de simples tics appris et un travail d'accentuation, et une véritable immersion dans l'âme (perdue) d'un artiste hors du temps. Il y a aussi un excellent travail de Bobby Cannavale dans le rôle d'Eddie, barman fatigué du monde, qui fait plaisir et permet à Hart autodestructeur tout en lui offrant une camaraderie bien nécessaire avec le hooch.

Le film est bavard et scénique, mais le directeur de la photographie Shane F Kelly parvient à créer des poches d'intrigues dans l'aménagement du bar. Hart parle à tous ceux qui veulent bien l'écouter, y compris un EB White exaspéré, qui vient d'en avoir quelques-uns silencieux. Son éventuel point crucial dramatique prend la forme d'une relation espérée avec une jeune étudiante (Margaret Qualley), mais il y a eu beaucoup trop de préfigurations maladroites mises en place pour que le résultat soit une surprise. Malheureusement, à mi-parcours, le film devient un exercice d'humiliation rituelle, avec Linklater et le scénariste Robert Kaplow accumulant les indignités à un rythme presque métaphoriquement rapide, comme pour assurer au spectateur que notre héros charismatique est définitivement fichu.

Il y a des moments ici où l'on a l'impression que Linklater essayait de faire une version inversée du genre tragique de Fassbinder Les Larmes amères de Petra Von Kant, mais sans vraiment s'appuyer sur l'amertume et l'action du protagoniste, et en choisissant de faire en sorte que le texte fasse un point plus profond sur la nature précaire du pouvoir et de l'influence.

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